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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 16:42

L'actualité récente a fait du terme "drone" l'un des néologismes les plus utilisés au cours de ces dernières semaines. Le terme est cependant le plus souvent galvaudé et tout amateur un peu éclairé des choses de l'air ne peut que s'en trouver irrité.

Dans son blog (remarquable !) : http://bernardino.over-blog.net/ l'ami Bernard MUNOZ est l'un de ceux qui s'offusquent de ce déferlement de tout et n'importe quoi et il suggère de s'en tenir à la définition suivante du terme "drone" : "engin volant effectuant une mission sans pilote à bord".

Cette définition, bien qu' "officielle", me semble un peu courte pour bien faire la distinction entre des matériels " professionnels" et les appareils que nous utilisons pour nos loisirs.

D'où la question : "Qu'est-ce qu'un drone ?" Pour y répondre, une petite plongée dans le passé me semble s'imposer.

Brève histoire du "drone"

L'aviation , vous le savez, n'a vraiment pris son essor qu'au cours de la première guerre mondiale, d'abord pour des missions d'observation et de renseignement, puis pour des missions d'assaut. Très tôt, le souci de certains militaires a été de préserver les vies humaines et donc de chercher les moyens de faire sortir les pilotes et les observateurs des carlingues.

C'est ainsi que dès le 14 septembre 1917, le capitaine Boucher fait voler un avion automatisé (Voisin BN3) pendant 51 minutes sur un parcours de 100 km. Cocorico ! Encore une invention française !

Les autres pays ne sont cependant pas inactifs et même si Boucher et Percheron font voler en 1923 un prototype plus élaboré, les États Unis et la Grande Bretagne travaillent sur des projets similaires, destinés à automatiser des avions-cibles (lents, bruyants, et rapidement surnommés "drones" (faux-bourdon" en anglais). Très vite, l'idée de faire accomplir des missions militaires d'un autre niveau (renseignement, bombardement,...) se fait jour.

Le concept est donc de faire évoluer des aéronefs sans pilote à bord, capables d'effectuer des missions déterminées et de revenir à leur base. C'est pour cela qu'à mon avis (et là je ne suis pas d'accord avec l'ami Bernard), les V1 de la seconde guerre mondiale ne peuvent pas être considérés comme des drones, mais comme des missiles (détruits à la fin de leur mission).

Il faudra attendre des évolutions technologiques majeures dans le domaine de l'électronique et de l'avionique pour voir les premiers drones militaires opérationnels apparaître au début des années 1990. À noter que dès cette époque, les aéromodélistes s'emparent du concept à titre expérimental, des ensembles fiables de radiocommande étant devenus à leur portée.

Dès lors, tout va s'accélérer, au rythme des progrès techniques et de la miniaturisation, et de nombreux "aéromodèles" (pour reprendre la terminologie de la DGAC) se verront "dronisés" en se voyant adjoindre tout d'abord des caméras vidéo-émettrices, puis des équipements de télémétrie, des gyroscopes, des accéléromètres, un GPS...

L'Izicraft muni d'une caméra vidéo émettrice (sous le fuselage) reliée à une station au sol (en 2004, autant dire la préhistoire tant les technologies ont évolué depuis !). Un drone ? Certainement pas ! Un simple support d'expérimentations.

L'Izicraft muni d'une caméra vidéo émettrice (sous le fuselage) reliée à une station au sol (en 2004, autant dire la préhistoire tant les technologies ont évolué depuis !). Un drone ? Certainement pas ! Un simple support d'expérimentations.

À noter que tous les aéromodèles peuvent être "dronisés", que ce soient des appareils à voilure fixe (avions, planeurs,...) ou à voilure tournante (hélicoptères, multicoptères,...), alors que le langage actuellement véhiculé par les médias assimile abusivement les "drones" aux "multicoptères".

À noter également que le fait de considérer des engins automatisés ou radiopilotés roulants, rampants, navigants comme des drones est typiquement français, l'acception anglo-saxonne du terme "drone" étant réservée aux engins volants.

Parallèlement, devant les possibilités affichées par nos engins expérimentaux et leur faible coût d'exploitation, des institutionnels et des professionnels du travail aérien se sont emparés du concept et l'ont décliné pour des missions variées, alors que les militaires continuent d'évoluer dans leur domaine spécifique.

Le XQuad avec sa caméra Möbius asservie est stabilisé par une carte électronique comportant 3 gyroscopes et 3 accéléromètres. Un drone ? Non. Un simple quadricoptère expérimental.

Le XQuad avec sa caméra Möbius asservie est stabilisé par une carte électronique comportant 3 gyroscopes et 3 accéléromètres. Un drone ? Non. Un simple quadricoptère expérimental.

En 2014, où en sommes-nous ?

En 2010, soucieuse de ne pas se laisser déborder (et sans doute sous la pression des militaires qui ne voyaient pas d'un très bon œil l'espace aérien "pollué" par des aéromodèles et des drones civils), la DGAC, dans sa grande sagesse, a lancé une consultation auprès des instances concernées (fédérations d'aéromodélistes, professionnels du travail aérien, ...) en vue de légiférer dans ce domaine.

Ce qui fut fait dès 2012, en particulier avec les arrêtés du 11 avril 2012 (*) qui définissent de manière rigoureuse "les aéronefs circulant sans personne à bord" ainsi que leurs conditions d'emploi et les qualifications des pilotes d'une part, et l'utilisation de l'espace aérien par ces mêmes aéronefs d'autre part.

Ces arrêtés distinguent parfaitement les types d'aéronefs en fonction de leur usage (travail ou loisirs/compétitions) et de leur taille, et ils veillent à ce que la sécurité, les droits et les libertés de chacun soient respectés. Ils mettent l'accent sur la prévention, bien que l'aspect répressif soit envisagé pour les cas extrêmes. Le modéliste (ou plutôt "l'utilisateur d'aéromodèles"), pour peu qu'il fasse preuve d'un minimum de civisme, n'aura aucun mal à s'y conformer, à condition toutefois qu'il ne se laisse pas entraîner sur des chemins hasardeux par les arguments commerciaux des industriels.

En guise de conclusion (provisoire, peut-être...)

Ne confondons pas :

- les drones sont des matériels militaires ou professionnels auxquels sont confiés des missions incluant leur retour à la base.

- Les aéromodélistes utilisent des aéromodèles radiopilotés aux fins de loisirs et/ou de compétitions. Ils peuvent adjoindre à ces aéromodèles des fonctions plus ou moins sophistiquées, la condition principale étant que le pilotage s'effectue toujours en vue directe du modèle. En aucun cas on ne peut donc parler de "drones" en ce qui concerne nos modèles réduits.

Et puis , tout simplement, faisons preuve de civisme et respectons les autres (tous les autres !). Nous verrons bien vite que la réglementation n'est pas si dure que cela !.

(*) Arrêté du 11 avril 2012 relatif à la conception des aéronefs civils qui circulent sans aucune personne à bord, aux conditions de leur emploi et sur les capacités requises des personnes qui les utilisent. (NOR :DEVA1206042A) (http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20120510&numTexte=8&pageDebut=08643&pageFin=08655)

et Arrêté du 11 avril 2012 relatif à l’utilisation de l’espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord (NOR :DEVA1207595A) (http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20120510&numTexte=9&pageDebut=08655&pageFin=08657)

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Published by Les Scientastiques - dans Avions et planeurs
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